Sociologie clinique
Comprendre ce que vous vivez autrement
Quand une situation devient difficile, nous cherchons souvent à comprendre ce qui nous arrive à partir de nous-mêmes.
Pourquoi est-ce que je culpabilise autant ?
Pourquoi est-ce que je n'arrive plus à trouver ma place ?
Pourquoi est-ce que cette situation me touche autant ?
Pourquoi est-ce que je continue à faire quelque chose qui ne me convient plus ?
Ces questions sont importantes. Mais elles ne permettent pas toujours de comprendre l'ensemble de la situation.
Nous sommes aussi pris dans des relations, une famille, un travail, des groupes, des institutions, des normes et des attentes qui participent à construire notre manière de vivre les choses.
La sociologie clinique cherche à comprendre ce qui se joue entre l'histoire d'une personne et le monde social dans lequel elle évolue.
Qu'est-ce que la sociologie clinique ?
La sociologie clinique est un courant des sciences sociales qui s'intéresse à l'expérience vécue des personnes et à la manière dont celle-ci se construit dans leur rapport au monde social.
Elle s'est développée notamment autour de travaux qui cherchent à articuler le social et le psychique, l'histoire individuelle et l'histoire collective, la subjectivité et les déterminismes sociaux.
Des auteurs comme Vincent de Gaulejac, Florence Giust-Desprairies, Jacqueline Barus-Michel ou encore Jean-Philippe Bouilloud ont contribué au développement de cette approche.
La sociologie clinique ne cherche pas à choisir entre l'individu et la société.
Elle cherche à comprendre comment ils s'articulent.
Une personne n'est jamais seulement « un individu »
Dans une situation donnée, nous sommes à la fois façonnés par notre histoire et capables d'agir sur ce qui nous arrive.
Nous sommes traversés par des normes, des attentes, des rapports sociaux et des expériences antérieures. Mais nous ne sommes pas pour autant de simples produits de ces déterminismes.
La sociologie clinique considère la personne comme un sujet capable de réfléchir à ce qu'elle vit et de participer à la construction du sens de son expérience.
Cela signifie que je ne viens pas vous expliquer, depuis l'extérieur, ce que votre histoire signifie ou pourquoi vous êtes comme vous êtes.
Votre parole constitue un point de départ essentiel de l'analyse.
Une démarche compréhensive
Comprendre une situation demande de pouvoir passer d'un niveau à l'autre.
Ce que vous ressentez et pensez.
Votre histoire.
Les relations dans lesquelles vous êtes engagé.
Les groupes auxquels vous appartenez.
Votre environnement professionnel ou familial.
Les institutions auxquelles vous êtes confronté.
Les normes et attentes qui pèsent sur votre situation.
Le contexte social et historique dans lequel elle s'inscrit.
Ces différents niveaux ne s'expliquent pas séparément.
Ils peuvent se répondre, se renforcer, entrer en contradiction ou produire des tensions.
L'analyse consiste alors à mettre en relation ces différentes dimensions pour rendre la situation plus intelligible.
C'est ce qui distingue notamment une démarche compréhensive d'une recherche d'une cause unique.
Construire du sens plutôt que chercher une vérité cachée
Dans cette approche, je ne me place pas en experte qui détiendrait la bonne interprétation de votre situation.
Le travail consiste plutôt à partir de ce que vous racontez, à questionner certains éléments, à mettre en relation différentes dimensions de votre expérience et à formuler des hypothèses.
Ces hypothèses ne constituent pas des explications définitives. Elles servent de points d'appui pour poursuivre l'analyse avec vous.
Vous pouvez les reconnaître, les nuancer, les contester ou en faire émerger d'autres.
Le sens n'est donc pas découvert par le professionnel à votre place. Il se construit dans le travail de compréhension.
Cette posture est au cœur de l'approche clinique en sciences sociales : elle cherche à tenir ensemble la proximité avec l'expérience vécue et la nécessaire prise de distance permettant de l'analyser.
Pourquoi parler de « clinique » ?
Le terme « clinique » peut surprendre lorsqu'on vient de la sociologie.
Ici, il ne désigne pas une pratique médicale.
Il renvoie à une manière de travailler au plus près d'une situation singulière et de l'expérience de la personne qui la vit, tout en conservant une démarche d'analyse.
La clinique constitue ainsi aussi une réflexion sur la manière dont se construit la connaissance : le chercheur ou le praticien n'est pas totalement extérieur à ce qu'il cherche à comprendre, et son implication doit elle-même pouvoir être interrogée.
Il ne s'agit donc ni de supprimer toute distance, ni de prétendre à une objectivité absolue.
Il s'agit de travailler dans cette tension entre implication et distanciation, expérience et analyse, subjectivité et objectivation.
Et la psychosociologie ?
La psychosociologie s'intéresse particulièrement à ce qui se construit dans les relations entre les personnes et dans les groupes.
Elle permet notamment de regarder les interactions, les places occupées, les phénomènes d'influence, les appartenances, les conflits, les attentes réciproques et les dynamiques relationnelles.
Elle permet ainsi de ne pas considérer une relation comme la simple rencontre de deux individus isolés.
Une relation est aussi traversée par des histoires, des rôles, des places, des attentes et des rapports de pouvoir.
La sociologie clinique et la psychosociologie peuvent ainsi se compléter pour comprendre à la fois la situation sociale dans laquelle une personne est prise et ce qui se joue dans ses relations avec les autres.
Quelle différence avec la psychologie ?
La sociologie clinique et la psychologie peuvent toutes deux s'intéresser à l'expérience d'une personne, mais elles ne l'abordent pas depuis exactement le même champ disciplinaire.
La psychologie étudie notamment les processus psychiques, les comportements et le fonctionnement psychologique.
La sociologie s'intéresse aux relations sociales, aux groupes, aux normes, aux institutions, aux rapports sociaux et aux contextes historiques et sociaux.
La sociologie clinique se situe à l'articulation de ces dimensions : elle cherche à comprendre comment une expérience subjective prend forme dans des situations sociales concrètes.
L'accompagnement que je propose n'est donc pas une psychothérapie et je ne pose pas de diagnostic psychologique ou médical.
Je cherche à comprendre avec vous ce qui se joue dans votre situation et comment les différentes dimensions qui la composent peuvent être mises en relation.
Et quelle différence avec la sociologie ?
La sociologie cherche notamment à comprendre les phénomènes sociaux, les relations entre les individus et les groupes, les institutions, les normes et les transformations de la société.
La sociologie clinique conserve cette attention portée au social, mais elle accorde une place particulière à l'expérience singulière et à la manière dont une personne vit et interprète sa situation.
Une histoire individuelle n'est donc pas considérée comme un simple témoignage isolé.
Elle peut devenir un point de départ pour comprendre les mécanismes sociaux, relationnels et historiques qui traversent cette expérience.
C'est cette articulation entre le singulier et le collectif qui constitue l'un des fondements de la démarche.
Une approche qui s'est construite dans les sciences sociales
La sociologie clinique possède une histoire universitaire et scientifique propre.
En France, elle s'est notamment développée autour du Laboratoire de changement social et des travaux de Vincent de Gaulejac, puis de différents chercheurs travaillant sur les rapports entre subjectivité et social.
La recherche clinique en sciences sociales a également fait l'objet de travaux consacrés explicitement à ses enjeux épistémologiques, théoriques et méthodologiques.
Cette tradition est notamment liée à l'enseignement et à la recherche développés à l'Université Paris-Diderot autour de la sociologie clinique et de la psychosociologie.
C'est dans cette formation que j'ai moi-même étudié la sociologie clinique et la psychosociologie.
Ma manière de travailler
Ma pratique s'inscrit dans cette conception de la sociologie clinique et de la psychosociologie.
Je pars de votre expérience et de ce que vous cherchez à comprendre.
Je vous laisse une place centrale dans la construction du sens, tout en apportant un regard sociologique et psychosociologique sur ce que vous racontez.
Nous pouvons alors interroger ensemble votre histoire, vos relations, les places que vous occupez, les attentes auxquelles vous êtes confronté, votre environnement et les différentes contraintes qui traversent votre situation.
Je peux proposer des pistes de compréhension ou formuler des hypothèses.
Mais elles restent des hypothèses : elles sont là pour être discutées avec vous, et non pour vous être imposées.
L'objectif n'est pas de vous dire qui vous êtes.
Il n'est pas non plus de vous expliquer que tout serait déterminé par la société.
Il s'agit de comprendre comment vous vous êtes construit dans ces différents contextes, ce qui vous y retient aujourd'hui, ce qui entre en tension et quelles marges de manœuvre peuvent éventuellement apparaître lorsque la situation devient plus intelligible.