Le résumé qui suit n’est pas un résumé exhaustif de l’ouvrage ni une restitution complète de la pensée de l’auteur. L’épistémologie étant un domaine particulièrement exigeant, 'j’ai fait le choix de me concentrée sur l’une de ses idées centrales de l’ouvrage ; ke lien entre la connaissance et l’intérêt humain.
Pourquoi ce livre ?
Parce qu’il pose plusieurs questions importantes :
Comment la connaissance est-elle possible ?
Peut-on comprendre la connaissance indépendamment de l’histoire, de la société et de l’activité humaine ?
Pourquoi les sciences modernes prétendent-elles pouvoir produire une connaissance purement objective et désintéressée ?
Existe-t-il différentes formes de connaissance correspondant à différents intérêts humains ?
La connaissance peut-elle conduire à une transformation du sujet lui-même ?
L’idée centrale
On pense que la science est neutre, objective et indépendante de tout enjeu humain. Il est vrai que c’est notre façon aujourd’hui de concevoir un savoir commun. Or, pour Habermas c’est une illusion car toute recherche de savoir est orientée par un intérêt. En effet, selon lui, la connaissance n’est jamais produite séparément des conditions humaines. Les différentes formes de savoir sont intrinsèquement liées à des intérêts fondamentaux qui orientent la manière dont les humains cherchent à connaitre le monde.
On cherche :
à maitriser le monde qui nous entoure, (technique)
à comprendre les autres, (pratique)
à nous libérer de ce qui nous détermine. (émancipatrice)
Par intérêt, Habermas entend :”les orientations base liées à certaines conditions fondamentales de la reproduction et de l’autoconstituion de l’espèce humaine, c’est-à-dire au travail
Le savoir empirico-analytique
Orienté par un intérêt technique
Ce type de savoir vise à formuler des lois générales permettant une action efficace sur le monde naturel. Il cherche à prévoir, maitriser et contrôler les phénomènes à travers une démarche rigoureusement obejctive.
Cela concerne : physique,
chimie,
biologie,
ingénierie
et toute les sciences qui prennent la nature comme objet d’analyse
Les méthodes du savoir empirico-analytique sont :
l’observation,
l’expérimentation,
la vérification
et l’analyse causale.
En somme, ce que nous nommons aujourd’hui les sciences dites “dures”.
Sa conception est fondée sur une rationalité instrumentale.
Son rapport au monde repose sur une logique de sujet-objet. Ici, on regarde le monde comme quelque chose que l’on peut mesurer, comprendre et utiliser pour agir dessus.
(note personnelle : d’où les conflits entre l’avancée de la science et l’éthique qui ne vont pas au même rythme…)
Sa finalité est de produire et d’optimiser soit de mettre la connaissance au service de l’action technique.
Le savoir historico-herméneutique
Orienté par un intérêt pratique
Ce type de savoir ne cherche pas à expliquer émonde par des lois. L’enjeu est de comprendre le sens des actions humaines dans leur contexte culturel et historique. Connaitre, ici, ce n’est pas démontrer mais plutôt interpréter, c’est-à-dire de comprendre ce que les choses signifient pour ceux qui les vivent.
Cela concerne : l’histoire,
la sociologie comprehensive,
l’anthropologie,
la philosophie,
des disciplines qui s’attachent à reconstruire le sens des pratiques, des textes et des institutions.
Les méthodes du savoir historico-herméneutique sont :
l’herméneutique ou l’art d’interpréter le sens dans un contexte donné.
Sa conception est fondée sur une rationalité communicationnelle.
Son rapport au monde repose un savoir intersubjectif. Pour se faire il suppose des sujets capables de parler, d’agir et de se comprendre les uns les autres à l’intérieur d’un monde symbolique et historique commun.
Sa finalité est de parvenir à un accord sur le sens partagé d’une expérience ou d’un texte, dans un horizon commun de compréhension.
Le savoir critique (ou auto-réflexif)
Orienté par un intérêt émancipatoire
Ce type de savoir cherche à permettre au sujet de prendre conscience de ce qui limite sa liberté dans le but de s’en affranchir. Il ne décrit pas uniquement la réalité. Il dévoile les mécanismes (souvent invisibles) qui conditionnent nos pensées, nos actes et nos représentations.
Cela concerne : la psychanlayse (Freud)
la critique de l’idéologie (Marx)
la théorie critique de la société ( École de Francfort)
Ses méthode sont :
l’auto-réflexion
l’analyse des déterminations sociales ou inconscientes
la mise en lumière de ce qui agit à notre insu
Sa conception est basée sur une rationalité critique tournée vers la compréhension des mécanismes de domination ou d’aliénation.
Son rapport au monde est porté sur la réflexivité. Le sujet ne se confronte pas à un objet extérieur. Il se prend lui-même pour objet de connaissance en tant qu’être traversé par des conditionnements historiques, sociaux et psychiques.
Sa finalité n’est pas seulement de se connaitre mais plutôt de se transformer, de se libérer des contraintes qui empêchent son autonomie.
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Pourquoi cette typologie du savoir est intéressante ?
Parce qu’elle permet de remettre en cause une vision réductrice de la connaissance. Une forme de réductionnisme consiste à considérer que le modèle des sciences empiriques constitue le modèle de toute connaissance valide.
Il est admis que seul le savoir scientifique considéré comme objectif (car mesurable, quantifiable, prédictif) serait véritablement rationnel et valide. C’est d’ailleurs ce qu’on appelle le scientisme : la croyance que seule la science (notamment celles dites “dures”) détient la vérité.
Habermas nous invite à une autre lecture :
il existe plusieurs formes de rationalité qui sont toutes légitimes,
la science n’est jamais neutre, elle est toujours orientée par des intérêts humains,
le savoir peut servir à dominer ou à entrer en dialogue selon l’usage qu’on en fait
Si la science est présentée comme neutre et désintéressée, elle est aussi produite et mobilisée dans le cadre d’objectifs très concrets comme maîtriser la nature, développer des technologies ou encore pour servir à renforcer des positions de pouvoir. Oublier cela ramènerait à oublier que toute production de savoir implique :
des choix (ce qu’on cherche à savoir ou à taire)
des valeurs ‘ce qu’on considère comme utile ou légitime)
des rapports de force ‘qui décide, qui finance, qui bénéficie)
En rendant visibles ces intérêts, Habermas nous donne les moyens de penser le savoir non comme un pur reflet du réel, mais comme une activité humaine située, orientée et traversée par des enjeux.
Pourquoi lire Habermas aujourd’hui ?
Je trouve que l’on vit dans un monde où tout le monde parle de “vérité”, de “faits” et de “science”. La pensée d’Habermas nous rappelle quelque chose d’essentiel : tout savoir est produit dans un contexte, avec des intérêts et trop souvent pour servir un certain projet.
Je crois qu’il faut toujours veiller à ces questions : qui produit ce savoir ? Pour qui , et pourquoi maintenant ? Qu’il s’agisse de science, de politique ou d’économie, comprendre à quoi sert un discours, à qui il profite c’est déjà commencer à penser d manière critique. La connaissance se construit da,s me débat, dans l’échange et non pas dans les slogans ou dans l’autorité brute.
Précautions :
Bien qu’Habermas critique le positivisme (c’est-à-dire l’idée que la science pourrait tout expliquer de façon neutre, sans contexte et que les sciences dites “dures” prévaudraient sur les autres), il ne rejette pas la science. Au contraire : il cherche à lui redonner sa juste place dans une société démocratique. Ce qu’il dit c’est que la science ne peut pas être le seul guide de choix collectifs. Elle produit certes des savoirs puissants mais elle ne peut pas décider seule de ce qu’on fait de ces savoirs.
Or, aujourd’hui (2025), une autre menace apparait : le rejet pur et simple de la science, au nom de l’opinion, de l’idéologie ou de la désinformation. Et cela pose problème : ni le scientisme (croire que la science peut tout résoudre) ni le scepticisme absolu (douter de tout, tout le temps) ne permettent de construire un espace public sain.
Douter, s’interroger, chercher à comprendre sont essentiels. Mais tirer des conclusions à partir de croyances infondées, de bulles informationnelles ou de biais cognitifs est dangereux.